Le trictoblog

Le trictoblog, c'est votre roman-feuilleton de l'hiver. Jours après jours, retrouvez les aventures, basées sur des faits réels, de nos fabuleux compagnons.

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mardi, novembre 16, 2010

Episode 8: Une alliée à lier

Si les traits enjolivés de cette inconnue avaient charmé l’attention de la majorité du l’équipe, il n’en était rien du moins gradé des deux policiers. « Tu nous prends pour des huîtres, vieille canne ? Put your hands up in the air, put your hands up, in the air ! » Lui fredonna-t-il au visage, la main gauche sur une platine tandis que l’autre la pointait de son revolver. La belle restait impassible. « Put down the gun down says Marie Pot-de-Pim’s », grommelat-elle en dévoilant ses dents en or, « j’imagine que vous êtes nouveau dans le métier mon petit. Vous connaissez batman ? Et bien dans la vie réelle, c’est moi. Les petites oreilles en moins, le chapeau en plus. Ne m’obligez pas à le prouver.. » .

Au fond de la scène, Bobette, qui n’avait pas l’air aussi surprise que ses compagnons, mur-murait quelques mots à son frère. «parpaing, parpaing, parpaing ». « Toi tu as encore mis de la colle dans ton tabac! » s’insurgea Bob en entendant le discours décousu de sa sœur. « Comme si c’était le moment, saloperie vivante… ». Alors qu’il parlait, il lui subtilisa sa pipe, lui injecta du Barry White Spirit dans la gorge et lui demanda de se répéter. « Bob, je te disais que j’ai déjà entendu parlé de cette femme ! Il y a quelques mois il y avait un reportage sur elle dans Pim’s my ride, tu sais l’émission où ils customisent des biscuits ». « Ces épluchures qui ont inventé les Krisprols ? » répondit Bob en crachant sur le sol. « Non, tu confonds avec Abba.. mais bref elle a fait une apparition un jour, et ils avaient fait son portrait. Apparemment elle a aidé les polices du monde entier sur les affaires les plus farfelues. La remontée du Titanic, la capture de Saddam Hussein, le cancer de Johnny, tout ca c’est elle.. nous aurions beaucoup de chance si elle venait à nous aider ».

Les oreilles aiguisées, Jean-Postiche avait tout entendu, mais ne détournait cependant pas ses mains tremblantes de sa cible. « Tu es sûre de ce que tu racontes, gamine ? » Demanda t’il. Elle le fixa des yeux : « Essaie de tirer si tu ne me crois pas, vieux crabe ». Peu ravi, par ces mots l’agent se pinçait les yeux d’agacement. « Répète un peu ? Repeat after me !» s’énerva-t-il de plus belle. Mais Bobette n’eu pas le temps de répondre. En l’espace d’un instant, l’arme que l’agent détenait changea de main, dans un tonnerre harmonieux de baleines tournoyantes.
« Et pour le même prix je te dégrafais la moustache », murmura la grande dame aux basquettes pourpres. « Maintenant que les présentations sont faites, pourrions-nous commencer à bosser ?.. »


« All right, all right, formalismes d’usage madame ». Jean-Postiche avait retrouvé son calme, et semblait décidé à ne pas perdre son apparat capillaire. « Nous sommes heureux de vous compter parmi nous. Nous venions justement de mettre notre plan au point, et si ce n’est un problème de liquide tout est au poil pour récupérer.. »
« Trêve de sornettes ! » répondit la grande encapée. « Vous ne savez pas à qui vous avez affaire. Cela fait un petit moment que je vous observe. Depuis que mon lambitronic a commencé à vibrer en fait ». Elle souleva sa jupe et découvrit un petit appareil métallique greffé à son genou. « L’être maléfique qui est derrière tout ca n’en est pas à son premier coup. Personne ne sait qui sait, mais toutes ses actions portent la même signature… et qui plus est, aucune de ses victimes n’en est jamais sortie vivante.. »
« En même temps avec ce qu’il demande nom d’une pipe! Je me demande ce que ca ferait en canettes ! » s’exclama Jérôme en imitant le canard de ses bras fermes et entraînés.
« Plus que tu ne pourrais jamais en boire, poivrot » lui répondit sombrement la belle. Elle redressa son visage : « Nous n’avons pas une seconde à perdre. Tout d’abord, nous allons éviter les boulettes d’usage des colporteurs de képi. Quand on est dans de sales draps, on ne peut s’en sortir qu’en joli bateau, ce pourquoi je vais prendre le commandement ». Elle sortit une barbe blanche de sa poche, la fixa à son menton et pris l’accent espagnol : « Tout d’abord où a été fixé le point de rencontre? »
Sidonie, la bouche encore engluée d’ovomaltine, tenta vainement de lui répondre : « Ce malappris que j’ai eu au bout de la cordelette nous a demandé d’amener le pactole entre Cuba et Malines. C’est affreusement vague, rendez-vous compte à quel point mon Lambic est perdu ! Et il en veut 40.000 dollars ! Seigneur comment pensez-vous pouvoir nous aider ?» s’éprenait-elle entre deux grains de riz soufflé.


Pendant plusieurs minutes, Pot-de-Pim’s, protégée derrière son parapluie écouta le discours chocolaté de Sidonie qui lui expliqua tous les détails de son entretien..


« Au mont Tagné.. ils sont décidemment très très forts. Ca nous laisserait à peine le temps de passer à la banque »
« Et sans passer par la case départ ! » pensa bon d’ajouter Bobette en imitant le fer à repasser.
« machine capitaliste ! » s’insurgea rageusement Bob en lui sectionnant une couette d’un coup de cisaille, « tu n’as vraiment rien de bon dans le ventre ! »La récente éclopée capillaire rangea amèrement la pipe qu’elle utilisait comme centrale vapeur et releva sombrement son regard vers son frère :
« j’aime autant avoir mes moules dans le ventre que sur la gueule, clochard » .

« HUHUHUHU ! » brama Pot-de-pim’s d’un cri rugueux. « On se fixe les galopins ! Vous avez intérêt à rester soudés si vous voulez retrouver votre oncle ! Honnêtement si je n’étais pas là, vous seriez déjà foutu ! Mais je suis là ! Quel bol hein ? Donc profitez-en et mettez y du vôtre, sinon je vous laisse dans les mains des deux guimauves à moustache et je me barre » .

La populace retomba dans le calme tandis que les foudres de Marie résonnaient encore sur l’horizon..

« Bon.. comme je vous le disais tout cela ce n’est pas cachemire, mais fichtrement coton. Surtout qu’à la moindre erreur, vous pouvez être sûrs qu’ils n’hésiteront pas à en faire de la gueuze, de votre Lambic. Enfin j’ai peut-être une solution.. je connais un petit chalet à trente minutes du point de rendez-vous et où nous pourrons être en sécurité. Ca m’a servi de base dans une vieille affaire de mayonnaise. Ainsi nous aurons toute la nuit pour préparer une offensive dans les moindre détails. La vie m’a appris comment traiter des cas pareils et foi de Pot, je peux vous garantir que ces ordures ne tireront pas un Popeck de cette histoire !! »



vendredi, septembre 08, 2006

Episode 7: De l'oseille contre un Lambic

Sous l'impact des mots qui venaient de virevolter hors du téléphone, le visage de Sidonie grimpa aux rideaux. Jean Postiche, diplomate et propre sur lui, se tourna vers elle: "Vous connaissez cet homme?" Sidonie restait songeuse... "Comment pourrait-il savoir"... "le diable". C'était le surnom que la grande femme avait donné à l'excroissance pénière du vieux Lambic. En effet celui-ci était monocouille, et la calvatie corporelle qui le rongeait depuis sa tendre enfance l'avait privé de toute sa pilosité, à l'exception de deux maigres poils à la base de son joyau désormais fils unique. La structure de l'ensemble était telle que dans la pénombre des ambiances romantiques, son deux-pièce cuisine semblait prendre la forme d'un diablotin hirsute plongeant vers le sol. A d’autres reprises elle l’appelait également Maître Vergès, car elle était fan de Julien Courbet. Mais cette appellation était bien moins utilisée...

Soudain, Sidonie fut tirée de ses songes par un éclair argenté qui vint heurter sa tignasse de plein fouet. "It’s time to give a answer, vieille canne!" lui conseilla Jean-Michel qui venait de lui assener un coup de clé anglaise.
"Pardon commissaire, j'étais dans la moonwalker. Je commence vraiment à craquer. Je m'y remets". Elle recolla le téléphone à ses oreilles. "Allo monsieur? Que vous voulez-vous? Sivouplé demandez moi ce que vous voulez mais rendez moi mon bibic en un seul morceau. Je vous en supplie! Je ferai n'importe quoi! Bon sang mais pourquoi lui? Pourquoi pas plutôt cette buse de Bobette?". La voix du correspondant sortit à nouveau de son fourré: "50.000 dollars en petites coupures et la même chose en sparadrap. Vous emmènerez ça dans un sac au pied du mont Tagné, juste entre Cuba et Manille, à l'heure d'été c'est facile. Vous avez jusqu'à demain 16h pour réunir la somme, vous rendre au point de rendez-vous et me recontacter sur le même numéro, sans quoi je fais fondre Lambic pour en faire un playmobile ! Et d’ici là pas de police… pas d’entourloupes.. et plus de pipe pour Bobette, ça lui apprendra. Adios"
"Mais nom d'une cystite vous êtes maboule! Je ne pourrai jamais réunir autant d'argent aussi vite!"
"Trop tard", reprit Bobette en lançant un regard frisquet à sa tante, "il a déjà raccroché".

Le petit groupe mis quelques secondes avant de recouvrer ses spiritueux. Du haut de son béret, Jean-Postiche tenta de démèler la situation : « Bon les louloutes, il va falloir jouer malin. Voici mon plan.. tout d’abord vous vous débrouillez pour trouver l’argent. La police peut vous sponsoriser à hauteur de 10.000 dollars, mais pas plus. Ensuite il faudra se pointer au rendez-vous.. on lui donne le magot, il nous rend Lambic, on le choppe, on récupère la thune et on partage. Ca ne peut que marcher. Par contre Bobette tu vas devoir stopper la tabagie, il n’a pas repéré la présence de Jean-Michou et moi même, c’est déjà une fameuse chance. C’est d’ailleurs pourquoi nous n’appellerons pas les collègues. Mais les nuages qui sortent de ta gueule sont repérables à 100 mètres, il faudra donc que tu ranges ta pipe au placard. « Qu’il crève ouais ! » répondit Bobette en se bourrant une grosse touffe de gauloise, « s’il veut ma pipe, il a qu’à venir la chercher ! ».

Au fond de cette scène frétillante, Bob et Sidonie, la mine ramonée, se regardaient avec effroi. « Comment ferons-nous pour réunir 40.000 dollars pour demain tantine ?? » hurlait Bob en s'aggripant à un arbre. « Autant dire que tonton est foutu ! ». « Je sais mon pauvre enfant ! Il va crever ! A miséricorde que la nature est mal faite ! », répondit sa tante en nage. Entendant ces cris, Jean-Michel tenta de modérer la situation : « Ola la foule, on se calme ! Vous n’allez pas me dire que vous n’avez pas chez vous un petit bas de laine ? Un kilo de coke ? Une carte au trésor ? Une photo dédicacée de Jean Ahun ? N’importe quoi qui aie de la valeur ? « Allez quoi, toi grande sotte, en tant que taggueuse de clébards renommée comme tu l’es, tu dois bien toucher dans les 30.000 milles » « Hooo non mon pauvre homme », répondit-elle entre deux brasses, « vous êtes loin du compte. Le métier est has-been! Maintenant ce qui intéresse les jeunes, c’est les aiki noodles! Le business des chiens de couleur, même quand on leur mets des chapeaux, ça ne vaut plus rien ! Mais que faire ! Haaa quelle nostalgie ! Mon pauvre Lambic est foutu ! Je veux mourir !» Prise de panique, Sidonie tenta alors vainement de se suicider en se bouchant les narines à l'aide de petits suisses et d'un hongrois.

Profitant de ce spectacle peu commun, Bob et Jérôme allèrent s’asseoir sur une chaise longue et commencèrent à s’astiquer mutuellement les pouces. Quand soudain, Bob sentit surgir derrière lui des petits bruits pour le moins cocasses. Une sorte de froissement de parapluie, d'eau de Cologne et de chapeau. Avec la précaution prescrite dans le manuel des castors juniors face à pareille situation, il se retourna pour comprendre quelle pouvait bien être la source de ce raffut inhabituel. Et ce qu'il vit faillit lui faire jaillir les amygdales hors des yeux : En face de lui, le visage égayé par un contre-jour écarlate, se dressait une désirable femme haute de deux mètres, affublée d’une robe en pilou et d’un chapeau incramable. Malgré la prestance de son accoutrement, la grosse gueule enjouée de cette coquine truculente laissait paraître une aura de bonté somme toute perplexe. Ce sentiment était d’autant plus renforcé par les accessoires que possédait la belle. Chaîne en or, basquettes, baggies, un bob de marque Fubu alors que c’est interdit.. la crème de ce qui se fait dans l’art de rue. Mais cette collection d’outils était cerise-sur-le-gaté par ses extrémités membrales : en guise de main droite, cette gente-dame s’était fait greffé un parapluie good-year. « Le même que dans la publicité avec les singes » avait-elle demandé au greffiste. Sa main gauche était quant à elle dotée d’un gant de veut-l’ours, un matière qui aime encore bien vouloir des ours. Mais la description de cette madone ne serait complète sans un dernier point. En effet dans cette main alerte et malicieuse qu’elle ne quittait jamais, la prude tenait en permanence un bocal à biscuit chocolatés, bocal mystérieux aux senteurs d’oranger qui lui valut le patronyme mondialement renommé de « Marie Pot-de-Pim’s ».
« Hooo di hooo » lança la belle en faisant une petite pirouette qui détourna l’attention de tous nos amis. « lâchez donc ces hélvètes madame », adressa t’elle ensuite à Sidonie qui attaquait la vésicule d’un des malheureux horlogistes miniatures. « vous avez de vilains problèmes, certes, mais je crois pouvoir vous être utile …».

jeudi, avril 06, 2006

Episode 6: Sous le signe du bristol

Du haut de ses santiags, Jérôme contemplait le massacre qu’il venait d’occasionner. Devant lui, les quelques rares morceaux de cheval encore chauds semblaient tenter de chanter une dernière fois, tandis que Bob peinait à s’extraire de l’auto-stoppeur dans lequel il s’était encastré. De son côté, Bobette parvenait tout doucement à sortir de sa cellule de survie, jurant comme un sapeur pompiste : « Corbeau ! Saloperie ! Un mouton à quinze milles ! Regarde-moi ça le carnage ! Même la boite noire est foutue ! … » D’un seul bond, elle stoppa ses cris véloces. En effet, quelques mètres en amont, elle venait d’apercevoir sa tante qui gisait à plat ventre sur le sol. Celle-ci hurlait comme une biscotte qu’on égorge. « kkkkkkkrrrrrrrrr krrrrrrrrrr ! » lançait-elle contre le bitume. Bobette s’avança vers elle, sous les yeux toujours ébahis du camionneur qui décida qu’il valait mieux qu’il se tape une petite cannette derrière l’oreille. Et tandis que Bobette retournait sa tante, les sons qui émanaient de celle-ci devenaient de plus en plus audibles : « On ne retrouvera jamais Lambic ! On a bouzillé le seul indice qu’on avait ! Mais qu’on est cons ! Et surtout toi vieille taupe desséchée ! ». De rage, elle venait de tacler Bobette à hauteur de la gueule.

A quelques mètres de là et suggérant l’allure sardonique d’un colin, les deux inspecteurs aux képis chatoyants arrivaient sur les lieux. Une fois leur véhicule confortablement parqué, Jean-Postiche et son homologue s’avancèrent vers Sidonie qui taclait et retaclait encore la pauvre Bobette en vociférant de plus belle. « Shit up ! ». D’un coup de boule parfaitement commercialisé dans la partie pubienne de la tagueuse de clébards, Jean-Michel venait de faire revenir celle-ci à la raison. « Bon maintenant ma pauvre femme il va falloir jouer serrer » commença l’inspecteur. « Apparemment le canasson en à pris pour son grade, niveau interrogatoire on est plutôt de la revue… notre seule solution c’est d’analyser les restes pour trouver d’éventuels indices. Je doute qu’il est fait le coup tout seul… il faut qu’on trouve qui l’a envoyé ». « Oui mais comment comptez-vous procéder ? Avec le vent qu’il y a, dans quelques minutes toute trace d’ADN aura disparu !» répondit Bob qui rejoignait la joyeuse bande. « Ne te tracasse pas jeune imberbe… on a tout prévu ». Jean-Postiche ouvrit son manteau et en sortit un petit appareil asexué. « La crème de ce qui se fait de mieux en matière d’analyse ADN mon canard ! Rapide, précis et portatif… même les experts n’en ont pas un comme ça. » A ces mots, son collègue fronça les sourcils : « enculés d’experts… on vous enfourne par derrière !» « Ouais enculés d’expert ! » Reprit Jean-Postiche de sa voix pimpante. « Enfin soit, avec cet ustensile on va être fixés rapidement ». Les deux comparses s’avancèrent vers les restes potentiellement analysables et mirent en route leurs outillages.

Une dizaine de mètres plus loin, Jérôme, qui terminait sa cannette avec entrain, décida qu’il était temps de faire connaissance. Aussi étrange que cela puisse paraître, personne ne semblait avoir remarqué sa présence, et cette constatation commençait furieusement à le titiller, lui qui était si sociable. Il s’avança prudemment dans le dos de Bob, et lui hurla ces quelques mots à l’oreille : « On dirait que tes copines sont mortes ! C’est ballot ! » . Saisi par la vivacité de cette entrée en matière, Bob ne pu s’empêcher de tomber à la renverse. Mais par chance, sa chute fut amortie par l’épaisseur douillette de ses coudes. « Vous vous méprenez mon bon monsieur. Elles ne sont que légèrement amochées… d’ailleurs regardez elles respirent encore parfaitement » répondit Bob en désignant les petits nuages de fumées qui sortaient de la pipe de sa soeur. « Ma foi tu as raison mon petit gastronome. Quelle résistance ! Mais dis moi j’ai une question à te poser… qu’est ce donc que cette merveilleuse mascarade ? Je n’ai jamais vu pareil spectacle de toute ma carrière de camion-trotteur ! » Le garçon n’eu pas le temps de répondre. « Affaire criminelle mon bon monsieur ! » s’interposa Jean-Michel. « Kidnapping sur la personne d’un certain Lambic, et vous venez de télescoper le seul indice valable que nous possédions. Ha ça, je peux vous dire que vous avez mal choisi votre jour pour percuter des canassons. Enfin swat comme on dit dans la police… je vais devoir pratiquer les coutumes d’usages.. Puis-je vous demander de me présenter vos papiers et de souffler dans ce ballon ? ». « Certainement, j’adore ça ! » répondit le grand homme à la banane lustrée. Il enfila un maillot à chacun de ses doigts et plongea sa main dans une de ses poches, de laquelle il extirpa son portefeuille. Il ouvrit celui-ci : « Voilà, par ordre alphabétique je vous présente Jean Papier, mon fils, et voici Cocotte, un origami que j’ai adopté lors d’un bref séjour en Chine. « OK c’est en ordre. Maintenant vous serez gentil de me gonfler copieusement ce ballon » formula Jean-Michel en lui tendant l’éthylotest. « Je vous le fais pour pas un balle ! » Jérôme s’exécuta et rendit l’appareil à son interlocuteur. « 3400 grammes.. un beau bébé, c’est dans la norme! Merci pour votre collaboration, c’est toujours un plaisir de baragouiner avec des gaillards comme vous.. »

A quelques pas du couple naissant, on entendit soudain des exclamations provenant du haut-gradé: « Les crapules ! Les crapules ! Ils ont tout prévu depuis le début ! Regardez-moi ce que j’ai trouvé ! » Rangeant son appareil, Jean-Postiche revint près de son confrère et lui présenta ce qu’il venait de trouver au cœur même des débris hippiques: une balise de guidage à distance ainsi qu’un petit carton vierge et rectangulaire. « Regarde au dos du bristol! Un numéro de téléphone !» lança t’il en direction de son confrère. L’excitation de l’agent de la maréchaussée était telle qu’elle commençait à ranimer Bobette et sa tante. La plus vieille des deux, tentant péniblement de se redresser, interpella le policier : « Vous avez trouvé quelque chose ? Dites moi que vous avez une piste ! Je veux savoir ! I want to know ! » « Madame, calmez-vous et restez polie je vous prie. » répondit le moustachu. « C’est une furieuse piste que nous avons là. Avec mes états de services, je peux me targuer de bien connaître le monde du lambicnapping. Et ce genre de méthodes, je les connais par cœur. En effet, je sais reconnaître un chat quand j’en vois un, et là je peux vous dire que ça n’a rien à voir. Pas de pattes, pas de moustaches, je pourrais agiter une boite de Whiskas pendant des heures sans qu’il ne bronche d’un cil. Non ça madame, c’est une carte de visite ! Et ça sent la rançon à plein nez ! Nous n’avons pas d’alternative, je vais devoir vous demander de joindre ce numéro via notre téléphone sécurisé. Après ça on sera fixés sur les intentions de l’ennemi. Veillez à dire oui à tout ce qu’ils vous demanderont. Mais surtout ne révélez pas notre présence. De notre côté, on va tenter de localiser le correspondant… je vous garantit qu’on les coincera ».

Les 6 personnes allèrent se poster à côté de la voiture de police. Sidonie s’assit sur le siège avant et pris le téléphone de ses deux mains habituées à agripper des trucs. « Donnez-moi le numéro inspecteur ». « C’est le douze ». Sidonie composa le numéro. Pendant ce temps, Jérôme scrutait les environs, essayant d’apercevoir quelqu’un qui décrocherait son téléphone. « Sacré Jérôme ! » se disait Bob intérieurement. Dans l’habitacle, Sidonie avait finit de composer les deux chiffres. Plusieurs sonneries retentirent à travers le haut-parleur, plus longues les unes que les autres. Puis soudain une voix lugubre se fit entendre : « Bonjour Sidonie. Avez-vous déjà dansé avec le diable au clair de lune ?..»

samedi, janvier 28, 2006

Episode 5: Colin Mc Bob

Au plein cœur de la cacophonie générale qui règnait sur le domaine de Gnouf-Town, Bob et sa tante parvenaient enfin à ouvrir leur garage, sous les encouragements gastriques de Bobette. A l’intérieur, parmis les spoilers et autres jantes qui gisaient sur le sol, on pouvait distinguer les deux bolides appartenant aux enfants : des moutons du Brésil. Mais pas n’importe lesquels, loin de là. En effet, en fervent amateur de bricolage et de haute-couture, Bob avait réussi à kitter ses animaux avec la dernière technologie disponible dans le tuning animalier. Pattes de 4 pouces, réservoir chromé, pelage dorsal en cuir imitation laine, siège banquette,... la Rolls des mangeurs d’herbe. Sa plus grande fierté était sans nul doute le réducteur à trois vitesses qu’il avait réussi à loger entre un poumon et le foie. Ce dispositif était contrôlé via le tableau de bord installé à l’avant de la bête, permettant ainsi de sélectionner en toute convivialité la vitesse désirée: Mouton rétro, Mouton bio, Mouton turbo.
Bob et Bobette se lancèrent chacun sur l’un de leurs fauves. Un en un coup de cric simultané, ceux-ci se mirent à vrombir avec force et fracas. « Braoomm Bèèèèbèèèè » crachait les puissantes bestioles tandis que Sidonie allait démarrer sa trottinette. « En avant les nazes ! On se le choppe et on le bouffe ! » hurla-t-elle en enfilant sa casquette.

En a peine quelques tours de pattes, la fine équipe commençait à apercevoir le canasson. Celui-ci courrait à toute allure sur la route sinueuse qui menait à la ville voisine.
« Je vais couper la route de ce simili poney en prenant la diagonale ! Vous deux collez-lui au train» cria Bob. Il tira alors fortement la tête de son bolide vers la droite pour s’engager dans un chemin de terre, dans un crissement de sabots effronté. Bobette et sa tante rattrapaient l’étalon, elles n’étaient plus qu’à quelques dizaines de mètres de lui. « La distance idéale pour une taggeuse de clébard professionnelle » se dit Sidonie. Elle sortir son pistolet à peinture et commença à mitrailler la bête. Celui-ci virevolta à temps pour éviter le jet, et alla percuter Bobette qui, pour relâcher son stress, avait maladroitement lâché son volant pour se bourrer une petite pipe. Surprise, celle-ci perdit le contrôle de son mouton et passa à travers un hangar situé le long de la route. Faisant corps à sa machine, elle filait droit vers un mur. En rétrogradant en Mouton bio, elle réussit à rétablir son équilibre et contourna l’obstacle. « Je vais perdre trop de temps !» rugit-elle les cheveux sur la tête, « tant pis je tente le tout pour le tout ». Elle enclencha alors la troisième et enfourna un Yop dans la gueule de sa monture. Celle-ci pèta des flammes prodigieuses, l’entraînant dans une accélération hors du commun. Puis tel un véritable Saint Nicolas, Bobette profita de sa vitesse pour sortir par une cheminée et retomber en direction du duo trottino-hippique. A l’image de sa canne, la chute de Bobette fut longue et vertigineuse. Enfin elle réussit à atterrir dans un bruit sourd et muet sur la route, à quelques mètres du canasson fou furieux. « On the road again » rugit alors le mouton mobile.

A l’horizon, on voyait un point lumineux qui arrivait transversalement à notre trio. C’était Bob, qui allait tenter d’intercepter la canaille. Le point d’impact était situé à une centaine de mètres. Plus loin, un camion arrivant en contre-sens semblait tituber le long de la route. Il était ivre, sans aucun doute. Sidonie sentait le danger, Bobette sentait la trouille, le cheval lui battait la mesure de ses sabots vertueux. Le carrefour s’approchait dangeureusement. Bob avait sortit son filet de pêche pour interceptionner le fuyard, mais n’avait pas vu le camion qui arrivait de l’autre côté.. Plus quelques dizaines de mètres.. Bobette se blottit à son siège, il était trop tard pour freiner. Sidonie ferma les yeux. Le camion arrivait à toute allure, zig-zagant au beau milieu de la chaussée. Sur la droite, Bob arrivait son filet à la main, tel un véritable chevalier. Le chevalier et sa monture. Un héros des temps modernes, dernier recours des innocents et des sans espoir, victimes d'un monde cruel et impitoyable.. bramait-il à tue-tête pour se donner du courage. Surgit alors l’inévitable accident. Le choc fut terrible et têtu. Bob choppa l’animal dans son filet, évitant in extremis le semi-remorque. Mais sa proie n’eu pas cette chance et fut embarquée sur plusieurs dizaines de mètres, entraînant Bobette et sa tante sur le bitume dans un jet de flammes et de morceaux de mouton. Bob alla quant à lui terminer sa course dans un auto-stoppeur qui passait par là. Après quelques secondes, l’épais nuage de fumé retomba, dévoilant la scène dans un silence complet. Plus un sourcil ne donnait signe de vie. Au loin, on commençait à attendre la voiture des policiers qui arrivaient avec empressement. Soudain, la porte du camion s’ouvrit doucement. Un grand saisi surplombé d’une banane capillaire en sortit. Sur son blouson d’apparat en abeille véritable, se dressait un badge new Bit avec l’inscription « I’m Jérome, i love chrome ». Le routier se posta au milieu de la route pour contempler les dégats. « Mes couilles ! Faut que j’arrête de tèter ! ».

dimanche, janvier 15, 2006

Episode 4: Un indice virevoltant

« Police, j’écoute »
« Allô police ! Ici Sidonie Pistil ! J’ai besoin de votre aide, mon mari s’est fait enlevé ! »
« Voilà qui n’est pas chose commune par ici. Vous avez pensé à regarder s’il n’était pas dans un paquet de sugusses ? »
« Bien sûr que j’y ai pensé! Il a réellement disparu, je vous en supplie magnez vous, il y a encore des preuves hippiques dans la maison. »
« Quoi ? Ne me dite pas qu’ils ont utilisé un leurre chevalin ? Nom d’une cornemuse ! Nous partons immédiatement». Le commissaire se retourna vers son collègue. « Jean-Michel, prépare la voiture… on a affaire à des pros ».

Nos amis restèrent dans les graviers en attendant la police. Bob et Bobette s’étaient assis en cercle et tentaient de trouver une explication à l’histoire rocambolesque qu’ils étaient en train de vivre. Quelques mètres plus loin, Sidonie noyait son chagrin en siphonnant le réservoir de sa trottinette… le temps passait à la vitesse d’un oiseau mort. Après plusieurs longues minutes d’attente, on vit enfin apparaître au loin l’automobile contenant les deux agents de la maréchaussée tant attendus. Elle fonçait toutes voiles dehors vers la propriété de Lambic et Sidonie en agitant son gyrophare avec entrain. Une fois à hauteur de la maison, elle s’arrêtait net sur le parking, envoyant quelques gravillons se planter dans les couettes de la charmante Bobette. « Dans le mile !.. Je n’ai jamais supporté cette coupe de tifs » hurla le commissaire tout en arrêtant le moteur.

Jean-Postiche et Jean-Michel descendirent de leur vaisseau et se dirigèrent vers nos trois compagnons. Jean-Postiche était le chef de la brigade criminelle de la région depuis plus de 4 ans. C’était un homme grand et fort comme on en fait plus, affublé de deux terribles paluches comportant au moins six doigts chacune. Attaché aux coutumes policières, il portait un long manteau noir et des collants assortis qui lui allaient si bien. Son coéquipier était plutôt à classer dans la catégorie standard de son commissariat. De jour comme de nuit, il arborait son képi et sa moustache de fonction. Son uniforme était composé d’un short en laine bleu vif, d’un petit gilet de même constitution et d’une paire de bottes en massepain.
« Madame Pistil ? On a fait aussi vite que l’on a pu » lança l’inspecteur. « Je vous prierai de garder votre sang froid et de lâcher cette trottinette. Merci. Maintenant pourriez-vous m’indiquer où se trouve la bête ? ». Bob indiqua la fenêtre de la chambre de Lambic avec son genou. A travers les rideaux, on distingua une silhouette qui semblait battre la chamade. Les deux policiers allèrent se dresser devant la maison. « Ca va être coton » dit le plus doigté des deux, « on va essayer de le choper par l’intérieur. Vous trois vous surveillez la fenêtre et vous criez si vous voyez quelque chose d’anormal. » « Roger ! » répondirent Bob et Sidonie. Bobette se dirigea quant à elle vers un buisson en se tenant le ventre. « je vous rejoins, j’ai un truc à faire. Mais ne m’attendez pas ça peut prendre du temps » s’excusa t’elle.

Les deux cow-boys entrèrent dans la maison. Bob fixait attentivement le mouvement du rideau. Plus le temps passait et plus le rideau prenait une forme pour le moins étrange. Il commençait à lui pousser des cheveux, des yeux, un corps,… « Mais Ventre-Diable ! C’est notre cheval que je vois là » s’écria t’il en s’aggripant à lui-même. Sa voix fut couverte par un bruit de porte cédant sous les coups de boule des deux inspecteurs. « Congèle toi ! » hurla Jean-Postiche, « Tu ne peux pas t’échapper ! Essaie pas de faire ton malinois, passe gentiment les mains derrière la tête et suis-nous ! ». Le cheval à l’œil hagard et fou ne bronchait pas. Il restait enrubanné dans le rideau tel un nem, quelques pousses de soja attachées le long du corps. Soudain en une fraction de seconde, son regard devint lucide. Il fit un bras d’honneur aux services de l’ordre et se jeta à travers la fenêtre en criant « Baaaambiiii ! ». Il atterrit alors avec fracas sur la grosse gueule de Sidonie qui ne manquait pas de place, puis courut vers le soleil couchant en chantant qu’il était un pauvre cow-boy solitaire loin de sa baraque ou un truc du genre. « Rattrapez-le ! » criait Jean-Michel du haut de sa tour.
Bob et Sidonie foncèrent vers la porte de leur garage. Ils s’acharnèrent à tirer sur la bobinette aussi vite qu’ils le pouvaient. Plus loin, Bobette les rejoignait avec un air obscur. Elle avait laissé derrière elle un buisson tout fané et duquel on entendait encore les sons d’un écoulement d’eau. Une fois à hauteur de son frère et de sa tante, elle stoppa sa marche, attendit quelques secondes et s’exclama : « J’ai chié ma pipe ».

mercredi, janvier 11, 2006

Episode 3: Le retour de Sidonie

Le choc de la vision que venait de subir Bobette la fit littéralement tomber dans les jonagolds. Elle perdit l’équilibre et tomba la tête la première sur le sol, enfonçant la pipe qu’elle avait encore en bouche au plus profond de ses amygdales. Bob restait impassible et tentait de trouver une explication à tout cela. Quel mystère se cache derrière ce tableau ? Lambic a t-il été kidnappé ? Pourquoi les posters de la chambre ont-ils tous été égorgés ? Le cheval passera t’il un remix hippique de Benny B ? C’était beaucoup trop de questions pour un seul homme, et il décida qu’il valait mieux attendre sa tante. Il prit Bobette par le nez et la tira hors de la chambre, puis ferma la porte à double tour pour empêcher l’animal de s’échapper.

Après avoir lancé sa sœur au rez-de-chaussée, Bob descendit la rejoindre dans le séjour. Celle-ci était toujours inanimée. Heureusement pour elle, Bob était Sébastien-secouriste et connaissait les gestes élémentaires de survie à appliquer dans pareille situation. Il alla donc planter la tête de sa sœur dans le four de la cuisine, en prenant soin de mettre celui-ci sur le thermostat Bobette. Après quelques minutes, celle-ci reprit conscience. Elle se redressa et s’assura que ce qu’elle venait de vivre n’était pas un rêve. « Pas le moins du monde » lui répondit son frère, « on est encore dans de beaux draps. Je ne sais vraiment pas ce que nous devons faire. On peut soit attendre la vieille Sidonie, soit appeler la police, soit on fout le feu au cheval. Le choix est braconnien mais je pense que… ». Il fut interrompu par un bruit de réacteur et des crissements de pneu qui venaient des graviers qui longeaient la maison. C’était Sidonie qui revenait à bord de sa trottinette. Cette nouvelle raviva un peu le moral des deux enfants, qui coururent aussitôt la rejoindre pour lui expliquer la situation.

Sidonie était postée devant son engin, un timbre accolé au visage . Cette femme d’une cinquantaine d’année était restée jolie malgré les souffrances qu’elle avait endurées durant son enfance. Elle avait un long visage ovale sur lequel une chevulure blonde et reluisante surveillait les alentours. Grande et mince, elle portait sa combinaison de peintre en espèce canine, sur lequel elle avait fait brodé la tête de Philippe Bouvard. Son accoutrement était également composé d’un réservoir de peinture dorsal, muni d’un pistolet à peinture pouvant atteindre une cible à 30 mètres. « Salut les nazes ! » dit-elle en voyant arriver les deux compagnons. « Je vous ai ramené de la cigogne pour dîner. Une bête de 8 kilos importée directement des States. Si c’est pas beau. »
« Tantine ! Lambic à disparu ! On a retrouvé sa chemise dans le jardin et un leurre chevalin dans sa chambre ! » lui cria Bob à l’oreille. « Oui et j’ai avalé ma pipe à cause d’un cheval» ajouta Bobette en imitant l’accent de Popeye. « What the hell ! » s’exclama Sidonie en amarrant sa trottinette « Que c’est-il passé exactement ? Vous avez pensez à regarder s'il ne se cachait pas dans un paquet de sugusses? ». Bob et Bobette lui racontèrent comment ils avaient trouvé l’épouvantail, puis le cheval et le lit de Lambic.
« Mais il faut faire quelque chose ! » hurla la vieille Sido. « ho c’est affreux, ho c’est affreux ! Vite ! Il faut faire appel à l’inspecteur Soulier ! Quel mois sommes-nous ? ». « On est en juillet » répondit Bob. « Nom d'une sarbacanne! pas de chance. Il ne passe qu’entre les fêtes, on a pas le temps. Tant pis on va prévenir la police ». Sidonie sortit son portable de sa poche.
« Opérateur ? Je voudrais un appel en PVC pour la police s’il vous plaît ». « Je suis désolée madame », répondit l’interlocutrice, « tous les appels en PVC sont occupés pour le moment. Mais je peux vous mettre sur une ligne en frigolite si vous le désirez ». « Ca fera l’affaire, je suis pressée ! Mon mari a disparu ! Dépêchez-vous !».

lundi, janvier 09, 2006

Episode 2: la terrible découverte

"Saperli! Bobette! Regarde moi ca!" Hurla Bob en commençant à accéler le pas. "Ce n'est pas un maçon, c'est un épouvantail! Mais sacrebleu que fait-il donc au bord de la rivière?".
Bob et sa soeur se postèrent en face de l'épouventail. Il était bien plus grand qu'eux et portait une chemise blanche. Ses jambes étaient grossièrement représentées par deux cadavres de mouflon plantés dans le sol. De chaque côté de la chemise, on pouvait distinguer des bras qui étaient composés de petits bouts d'animateurs télé. On pouvait même distinguer clairement la grosse gueule d'Annie Pujol à l'embrasure de son coude gauche. Son visage était quant à lui conçu à partir d'un poêlon, sur lequel était disposés deux trombones en guise de pupilles. Ces deux petits yeux scrutaient le Nord de manière permanente, comme s'il voulait indiquer quelque chose... l'Islande peut-être... personne ne l'a jamais su.

"Qu'est-ce donc cette merveilleuse mascarade?" dit Bob qui n'avait plus vraiment envie de manger. "En tout cas je veux pas savoir ce qu'il a y sous tes couettes pour aller confondre ça avec un maçon, il n'a même pas de truelle! Enfin quoi qu'il en soit maitenant on l'a dans l'oreille pour fabriquer notre parpaing. Bullshit."
Bobette était toujours préoccupée par l'épouventail. Les traits ridés de ce personnage lui rappelait quelque chose, mais impossible de mettre l'orteil dessus. Puis soudain, un éclair de frayeur vint transpercer son visage.
"La chemise! C'est celle de Lambic! Mais il ne s'en sépare jamais, comment a t-elle pu atterrir ici? Mon petit Bob je n'aime pas ça.. ouh que non!"
"Vite! Allons voir s'il est toujours dans sa chambre" repondit le garçon.

Les deux comparses filèrent toutes jambes dehors vers leur maison. Leurs coeurs palpitaient à l'unisson dans une course effrénée où Bob prenait l'avantage. Glissant sur l'herbe tel un véritable buggy, il prenait de plus en plus de distance sur Bobette qui regrettait bien amèrement d'être venue avec des palmes. Bob entra dans la maison le premier, et grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier qui menait à la chambre de Lambic. Arrivé devant la porte, il écouta attentivement les sons qui en émanait. On entendait toujours le bruit saisissant que faisait Lambic durant son sommeil.
"Il est bien là, c'est bizarre" se dit-il à lui-même tandis que Bobette le rejoignait. "On devrait peut-être entrer quand même, histoire de voir s'il va bien. Et puis de toute façon il faudrait qu'il commence à se lever, il donne cours de saut à la barbe élastique dans deux heures".
Bob tourna lentement la poignée de la porte, puis poussa lentement cette dernière en avant..

Le spectacle qui les attendait n'avait rien de ce qu'ils pouvaient imaginer trouver. En effet, au centre de la pièce se trouvait un énorme baffle. Derrière celui-ci, un cheval brun affublé d'un casque était assis dans le fauteuil de Lambic, un micro à la patte. Il hurlait des mots incompréhensibles avec une sorte de démence dans le regard: "DDDDJJJ Sttttuuuboooowwwlll! Jump it up oh yeah! Come on the floor for the Omar Sharrif song.. everyboooddyyy!"
On l'avait surement drogué. De l'autre côté de la pièce, les divers posters du festival de la chemisette qui était suspendus avaient été déchirés avec une arme blanche. Une cuillère probablement, vu les traces de soupe qui dégoulinaient le long du mur. Mais le regard de nos compagnons se posa immédiatement sur quelque chose de beaucoup plus troublant. En effet sous la fenêtre qui illumait la scène gisait le lit de Lambic... vide.