Le trictoblog

Le trictoblog, c'est votre roman-feuilleton de l'hiver. Jours après jours, retrouvez les aventures, basées sur des faits réels, de nos fabuleux compagnons.

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vendredi, septembre 08, 2006

Episode 7: De l'oseille contre un Lambic

Sous l'impact des mots qui venaient de virevolter hors du téléphone, le visage de Sidonie grimpa aux rideaux. Jean Postiche, diplomate et propre sur lui, se tourna vers elle: "Vous connaissez cet homme?" Sidonie restait songeuse... "Comment pourrait-il savoir"... "le diable". C'était le surnom que la grande femme avait donné à l'excroissance pénière du vieux Lambic. En effet celui-ci était monocouille, et la calvatie corporelle qui le rongeait depuis sa tendre enfance l'avait privé de toute sa pilosité, à l'exception de deux maigres poils à la base de son joyau désormais fils unique. La structure de l'ensemble était telle que dans la pénombre des ambiances romantiques, son deux-pièce cuisine semblait prendre la forme d'un diablotin hirsute plongeant vers le sol. A d’autres reprises elle l’appelait également Maître Vergès, car elle était fan de Julien Courbet. Mais cette appellation était bien moins utilisée...

Soudain, Sidonie fut tirée de ses songes par un éclair argenté qui vint heurter sa tignasse de plein fouet. "It’s time to give a answer, vieille canne!" lui conseilla Jean-Michel qui venait de lui assener un coup de clé anglaise.
"Pardon commissaire, j'étais dans la moonwalker. Je commence vraiment à craquer. Je m'y remets". Elle recolla le téléphone à ses oreilles. "Allo monsieur? Que vous voulez-vous? Sivouplé demandez moi ce que vous voulez mais rendez moi mon bibic en un seul morceau. Je vous en supplie! Je ferai n'importe quoi! Bon sang mais pourquoi lui? Pourquoi pas plutôt cette buse de Bobette?". La voix du correspondant sortit à nouveau de son fourré: "50.000 dollars en petites coupures et la même chose en sparadrap. Vous emmènerez ça dans un sac au pied du mont Tagné, juste entre Cuba et Manille, à l'heure d'été c'est facile. Vous avez jusqu'à demain 16h pour réunir la somme, vous rendre au point de rendez-vous et me recontacter sur le même numéro, sans quoi je fais fondre Lambic pour en faire un playmobile ! Et d’ici là pas de police… pas d’entourloupes.. et plus de pipe pour Bobette, ça lui apprendra. Adios"
"Mais nom d'une cystite vous êtes maboule! Je ne pourrai jamais réunir autant d'argent aussi vite!"
"Trop tard", reprit Bobette en lançant un regard frisquet à sa tante, "il a déjà raccroché".

Le petit groupe mis quelques secondes avant de recouvrer ses spiritueux. Du haut de son béret, Jean-Postiche tenta de démèler la situation : « Bon les louloutes, il va falloir jouer malin. Voici mon plan.. tout d’abord vous vous débrouillez pour trouver l’argent. La police peut vous sponsoriser à hauteur de 10.000 dollars, mais pas plus. Ensuite il faudra se pointer au rendez-vous.. on lui donne le magot, il nous rend Lambic, on le choppe, on récupère la thune et on partage. Ca ne peut que marcher. Par contre Bobette tu vas devoir stopper la tabagie, il n’a pas repéré la présence de Jean-Michou et moi même, c’est déjà une fameuse chance. C’est d’ailleurs pourquoi nous n’appellerons pas les collègues. Mais les nuages qui sortent de ta gueule sont repérables à 100 mètres, il faudra donc que tu ranges ta pipe au placard. « Qu’il crève ouais ! » répondit Bobette en se bourrant une grosse touffe de gauloise, « s’il veut ma pipe, il a qu’à venir la chercher ! ».

Au fond de cette scène frétillante, Bob et Sidonie, la mine ramonée, se regardaient avec effroi. « Comment ferons-nous pour réunir 40.000 dollars pour demain tantine ?? » hurlait Bob en s'aggripant à un arbre. « Autant dire que tonton est foutu ! ». « Je sais mon pauvre enfant ! Il va crever ! A miséricorde que la nature est mal faite ! », répondit sa tante en nage. Entendant ces cris, Jean-Michel tenta de modérer la situation : « Ola la foule, on se calme ! Vous n’allez pas me dire que vous n’avez pas chez vous un petit bas de laine ? Un kilo de coke ? Une carte au trésor ? Une photo dédicacée de Jean Ahun ? N’importe quoi qui aie de la valeur ? « Allez quoi, toi grande sotte, en tant que taggueuse de clébards renommée comme tu l’es, tu dois bien toucher dans les 30.000 milles » « Hooo non mon pauvre homme », répondit-elle entre deux brasses, « vous êtes loin du compte. Le métier est has-been! Maintenant ce qui intéresse les jeunes, c’est les aiki noodles! Le business des chiens de couleur, même quand on leur mets des chapeaux, ça ne vaut plus rien ! Mais que faire ! Haaa quelle nostalgie ! Mon pauvre Lambic est foutu ! Je veux mourir !» Prise de panique, Sidonie tenta alors vainement de se suicider en se bouchant les narines à l'aide de petits suisses et d'un hongrois.

Profitant de ce spectacle peu commun, Bob et Jérôme allèrent s’asseoir sur une chaise longue et commencèrent à s’astiquer mutuellement les pouces. Quand soudain, Bob sentit surgir derrière lui des petits bruits pour le moins cocasses. Une sorte de froissement de parapluie, d'eau de Cologne et de chapeau. Avec la précaution prescrite dans le manuel des castors juniors face à pareille situation, il se retourna pour comprendre quelle pouvait bien être la source de ce raffut inhabituel. Et ce qu'il vit faillit lui faire jaillir les amygdales hors des yeux : En face de lui, le visage égayé par un contre-jour écarlate, se dressait une désirable femme haute de deux mètres, affublée d’une robe en pilou et d’un chapeau incramable. Malgré la prestance de son accoutrement, la grosse gueule enjouée de cette coquine truculente laissait paraître une aura de bonté somme toute perplexe. Ce sentiment était d’autant plus renforcé par les accessoires que possédait la belle. Chaîne en or, basquettes, baggies, un bob de marque Fubu alors que c’est interdit.. la crème de ce qui se fait dans l’art de rue. Mais cette collection d’outils était cerise-sur-le-gaté par ses extrémités membrales : en guise de main droite, cette gente-dame s’était fait greffé un parapluie good-year. « Le même que dans la publicité avec les singes » avait-elle demandé au greffiste. Sa main gauche était quant à elle dotée d’un gant de veut-l’ours, un matière qui aime encore bien vouloir des ours. Mais la description de cette madone ne serait complète sans un dernier point. En effet dans cette main alerte et malicieuse qu’elle ne quittait jamais, la prude tenait en permanence un bocal à biscuit chocolatés, bocal mystérieux aux senteurs d’oranger qui lui valut le patronyme mondialement renommé de « Marie Pot-de-Pim’s ».
« Hooo di hooo » lança la belle en faisant une petite pirouette qui détourna l’attention de tous nos amis. « lâchez donc ces hélvètes madame », adressa t’elle ensuite à Sidonie qui attaquait la vésicule d’un des malheureux horlogistes miniatures. « vous avez de vilains problèmes, certes, mais je crois pouvoir vous être utile …».